Fred
Helle
Sur les images présentées
Ce sont des dessins présentés dans diverses expositions, ainsi que des peintures murales, et des illustrations, réalisées pour des supports de communication (tracts, pochettes de disque...).
Sur mon travail :
J'ai jeté mon dévolu sur le dessin et la peinture, parce qu'ils me permettent d'exprimer quelque chose de l'ordre du sensible, entre la réalité et l'imaginaire.
Je dessine sans idée préconçue, sur un principe similaire à l'improvisation ou à l'écriture automatique des surréalistes, laissant aller le trait à tâtons, guidée par l'intuition et l'écoute, par les idées qui surgissent à tout instant à partir de ces esquisses de formes.
Dans les dessins il m'importe de laisser du vide - il n'y a pas souvent d'indication spatiale notamment - , que chacun peut remplir à son gré. Les scènes sont ouvertes à l'interprétation du regardeur, invitant au questionnement et à une narration personnelle.
Il y a toujours un point d'orgue où je dois cesser d'intervenir. J'aime laisser une part d'inachevé dans l'espace de la composition, qui semble alors « en devenir ».
Les figures peuvent avoir l'air de provenir d'une vision, être pareilles à une apparition, ou à un surgissement, rendant l'image insaisissable comme un souvenir qui nous marque sans que l'on sache pourquoi.
Mon travail est nourri de différentes références culturelles issues de l'histoire de l'art, de spectacles, livres, bandes dessinées ou contes... Elles resurgissent ensuite comme digérées, transformées et réinterprétées, à l'image de notre époque, riche d'éléments culturels géographiques et historiques très diversifiés, qui se nourrit de ces mythes autant qu'elle en invente de nouveaux et constitue de nouvelles identités culturelles.
Autrement dit, je m'intéresse à la façon dont se fabriquent nos identités au milieu de tous ces modèles proposés, à partir de notre éducation et de notre rencontre avec le monde : quelles sont nos quêtes, nos barrières, nos fantasmes, et à quoi s'accroche-t-on aujourd'hui pour trouver du sens dans nos vies ?
Un univers se forme au travers de mes différents travaux, où le thème du féminin apparaît de manière récurrente et privilégiée, sous différents aspects. Une empathie peut naître vis-à-vis des personnages représentés, sur lesquels ont peut lire des états d'âme divers, mélancolie, rêverie ou désoeuvrement, amusement...
Cette fragilité qui s'exprime, ce versant de l'humain, faiblesse ou sensibilité créatrice suivant le point de vue choisi, ici présenté sous un jour féminin, concerne évidemment plus largement hommes et femmes. S'agirait-il de la face cachée d'une société qui exige de plus en plus de l'humain de se comporter comme une sorte de machine performante et infaillible ?
Je m'interroge, à travers cette dimension psychologique, sur nos modes de vie, nos aspirations, et nos libertés. Quelle est et sera la place de l'humain aujourd'hui et demain, dans ce qu'il a de singulier, dans ce qui touche à l'âme, soit tout ce qui ne rentre pas dans des cases orthogonales, échappe au fichage, au rendement, et enrichit nos vies dans ce qu'elles ont de plus profond et essentiel ?
D'un point de vue sémantique, au même titre que des oeuvres réalisées dans d'autres temps réussisent à nous toucher, bien que leur signification, parfois, nous échappe, le fait que des images puissent avoir un impact sur notre sensibilité sans avoir de contenu narratif précis m'intéresse. Il est question ici d'un dialogue d'imaginaire à imaginaire, où interviennent conscients et inconscients, subjectifs et collectifs.
Au-delà du sens, des sensations, émotions et sentiments peuvent être transmis, je propose une traversée dans le domaine de l'indicible, de la poésie, une évasion du réel, parfois légère, parfois plus sombre. Ainsi, le végétal, l'animal, l'humain se retrouvent-ils étroitement imbriqués dans certains de mes travaux, dans une logique de mutation onirique (mais pas si éloignée que cela du réel et ses mutations transgéniques ! ), abolissant toute hiérarchie entre les éléments.
Pour revenir au geste du dessin, d'une manière générale, je ne retouche pas le trait. C'est comme si seul le premier geste pouvait être juste, comme s'il avait sa vie propre, son unicité, voire même quelque chose d'organique. On peut y voir une analogie avec la pratique de la calligraphie asiatique, où la main trace l'idéogramme en suivant le souffle.
Mon expérience du tai ji chuan, du yoga et de la méditation n'est pas étrangère à une recherche d'équilibre entre différentes forces et formes et le vide. En même temps, mes dessins ne sont pas exempts d'une étrangeté, d'une tension, d'une inquiétude ou d'un sens de l'absurde que j'aime garder sous-jacents et qui viennent mettre en danger et titiller cet équilibre. Ce sont des caractéristiques que je retrouve dans un autre pôle qui m'est cher, toute la culture alternative (rock'n roll, musiques expérimentales, fanzines, BD indépendante...).
Enfin, je définirais ma démarche comme une façon symbolique de répondre à des carences que je perçois d'une partie du monde dans lequel je vis, conjuguée à une exploration de ce qui nous traverse et nous anime intérieurement...